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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 18:57

L’EXPRESSION DE LA CAUSE

  1. LES SUBORDONNANTS DE CAUSE :

Nous l’avons élu comme chef parce que (car) nous avons confiance en lui.

  • nous avons confiance en lui, nous l’avons élu comme chef.( cause évidente )

Du moment que tu es là, reste dîner avec nous.( cause +temps )

Attendu que ( vu que ) l’enfant est mineur, il a été placé sous la tutelle de son oncle.( langue administrative)

Etant donné que les réparations sont en cours, le musée sera fermé au public du10 au 30 avril. .( langue administrative)

Elle sort chaque soir sous prétexte qu’elle suit des cours du soir. (Fausse cause)

  • les trois angles sont égaux, le triangle est équilatéral.

Cause sur laquelle on insiste parmi d’autres :

Le chauffard est d’autant plus responsable qu’il conduisait à vive allure et en état d’ivresse.

  1. CAUSE MISE EN VALEUR :

C’est parce qu’il travaille sérieusement qu’il réussit brillamment.

  1. ’il réussit brillamment, c’est parce qu’il travaille sérieusement.
  1. CAUSE ECARTEE ET CAUSE RETENUE :

Il ne fait pas ses devoirs non qu’il soit oublieux mais parce qu’il est paresseux.

Il ne fait pas ses devoirs non par oubli mais par paresse.

  1. LES PREPOSITIONS CAUSALES :

Samir s’absente par paresse.

Jim tremblait de peur.

Il est estimé pour son travail.

Le match de tennis a été reporté à cause de ( en raison de ) la pluie.

Il a réussi à son examen grâce à ses efforts louables.

  • toutes ces activités, je suis mort de fatigue.

Il boîte à la suite d’un accident.

Faute d’argent, je n’ai pas pu partir en voyage

LA RELATIVE EXPRIMANT LA CAUSE :

Silver, qui connaissait bien l’île, nous mena à un mouillage sûr.

LE PARTICIPE

  • de nombreux amis, il ne s’ennuie pas.

Ayant bénéficié de plusieurs stages, il a acquis une solide expérience.

L’hôtel étant confortable et moins cher, nous y restâmes une semaine de plus.

Ayant été reconnu coupable, l’accusé a été sévèrement condamné.

  • coupable, il a été sévèrement condamné.

Il a été puni pour avoir oublié de faire ses exercices.

Elle tremblait en se réveillant dans l’obscurité.

  1. le voir toujours pleurer, je finis par le prendre en grippe.

LES COORDONNANTS DE CAUSE :

Rémi est fatigué car il a beaucoup marché.

Rémi est fatigué, en effet il a beaucoup marché.

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Published by Ait Baali Hassane - dans Langue
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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 15:02

غـــزة الــعــزيــــــــزة...

غــــــزة الــجــريــحــة...

 

 

زارك مجرم الحرب فاسودت السماء.

أينما حل، حل دمار وعويل وبكاء

وازداد العدو الغاشم فتكا بالأبرياء

قطعوا عن المستشفيات تيار الكهرباء

فلم يراعوا حرمة الأموات ولا الأحياء

أهكذا تكون  شجاعة الأقوياء؟

لا والله، بل  سفالة الجبناء!

جثث جنودهم في جنوب لبنان أشلاء

وفي غزة  يهاجمون الضعفاء!

أظلموا عليك الأرض فأنارتك السماء

حاصروك وجوعوك يريدون الفناء

فما نساك من يرزق في البراري الظباء

همج صهيون وكل من لعنته السماء
من كفار وممن يتظاهرون بالإخاء
تداعت عليك من كل فج أيادي الأعداء

قاتلوك دمروك  أتوك من كل أرجاء
وأنت شامخة بفضل الله وما تنبتين من أبناء

حاصروك وفك الحصار النساء

في رفح رغم سلاحكم يا أعداء

جددوا حصاركم أنى شئتم فلن يموت الاعزاء!

الأم بغزة لا تبكي الأحفاد ولا الأبناء

فكلهم بعد الشهادة عند الله أحياء

يموت فيك شهيد فيولد شهداء،

فطوبى لك بأبنائك الأوفياء!

لا تبك يا غزة، فداك المال والدماء
فجرك قريب، قد تنبأ به الأنبياء
اصبري وقاومي فسيذل الأعداء!

قد أصابنا وهن ليس له دواء

فلنتحد يوما ليزول هذا الوباء!

فبدون إيمان واتحاد لن ننعم بالشفاء!
 

  حسن أيت بعالي         يوم  22  يناير2008  

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Published by Ait Baali Hassane - dans Poésie
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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 23:46

 

vive notre prof! on a tous des tablettes ... ou presque !!!

 

 

 

Photo : Bonne chance à tous pour les examens demain! Et si la Suisse venait à gagner ce soir, gardez la tête froide!

il ne reste plus que 3 minutes. faisons vite!

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Published by Ait Baali Hassane - dans Humour
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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 16:14

 

 

 

La capitale marocaine est toujours illuminée de mille feux, une circulation grouillante, bruyante et continue, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais aujourd’hui, mardi 9 janvier, aucun bruit de moteur, aucun klaxon, aucune voiture ne roule, aucune moto. Que se passe-t-il donc ? Le temps se serait-il arrêté comme dans le château de la belle au bois dormant ?

C’est tout simplement parce que c’est le début d’une campagne de prévention routière et que des mesures draconiennes viennent d’entrer en vigueur, nous apprend notre envoyé spécial, Monsieur Hliouti qui a réussi d’ailleurs à interviewer le préfet de Rabat :

J : - Voudriez-vous nous expliquer ce qui se passe ?

Le préfet : - A partir de cette année, le 9 janvier est décrété comme journée sans véhicules à moteur et désormais, quiconque enfreindra le code de la route serait passible d’une amende de 3000 dirhams et d’un retrait de permis de conduire pour un mois.

J : - Mais serait-ce vraiment efficace pour résoudre le problème de la pollution, des embouteillages et des accidents ?

Le préfet : - Bien sûr que non, mais cela contraindra les usagers de la route à y réfléchir à deux fois avant de violer la loi.

J : - Est-ce que ces mesures ne vont s’appliquer que pour Rabat ?

Le préfet : - Commencer par la capitale est un symbole mais dès mars prochain, ces mesures s’appliqueront dans tout le royaume.

J: - Et le covoiturage, qu'avez-vous décidé à ce sujet?

Le préfet: - Désormais, il est interdit d'utiliser son véhicule personnel sauf dans les cas extrêmes et le covoiturage semble être une bonne solution pour alléger la circulation en ville.

J : - Espérons que nos routes seront moins meurtrières et les conducteurs plus disciplinés. Merci de m’avoir accordé cet entretien.

Le préfet : - Je vous en prie.

 

(Soudain, je me sens secoué. c'est maman qui me réveille pour aller au collège. Mon père m'y conduit en voiture, à toute vitesse , en brûlant les feux rouges et en risquant  à plusieurs reprises de provoquer des accidents.Il ne faut surtout pas que son fils soit en retard...Hélas! Le respect du code de la route n'est pas encore la priorité des marocains!)

A bientôt bande de chauffards, vous avez encore de beaux jours devant vous!!


 Propos recueillis par M. ABDEL AZIZ HLIOUTI    2° AC


       REVU ET CORRIGE PAR: M. HASSAN  AÏT  BAALI

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 13:00










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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 21:28

 

                      Un téléphone, deux personnalités

 

Le tél. portable :Salut mon pote, tu t’ennuies pas encore !?

Le tél. fixe : Oh non ! Je suis à l’aise comme ça, au moins, moi,

on ne me tripote pas à longueur de journée, ha ha ha !…

Le tél. portable : Ah tu parles ! Bah moi je suis très précieux chez

l’homme on adore mes différentes formes, on aime mes attirantes

couleurs, et on apprécie mes intéressantes options.

Le tél. fixe :N’oublie pas que moi je ne me fatigue pas à bouger tout

le temps avec mon maître, c’est à ce dernier de venir me chercher,

alors que tout ce que je fais, c’est assurer les conversations.

Le tél. portable :Mais je trouve ça banal, de rester là à moisir à la  

même place toute sa vie, moi, j’ai visité tous les endroits du monde,

car on a besoin de moi pour prendre des photos, et j’ai écouté

toutes les chansons de tous les peuples, car on use de ma

mémoire pour télécharger de la musique.

Le tél. fixe :N’oublie pas, mon cher ami, que c’est moi qui ai été

inventé le premier, pourvu de ma grande expérience dans le

domaine des télécommunications, on me trouve dans chaque

maison.

Le tél. portable : Et bien, moi, grand-père, on me trouve avec

chacun, grand ou petit, vieux ou jeune, homme ou femme, et tu

sais quoi ? à chacun ses particularités et chacun doit accepter

l’autre. Bon, à plus mon vieux, je sens vibrer mon cœur :

mon homme arrive !!

                                                                                                                                                       Par Imane Majid 2/2

Merci à Mr. Hassane Ait Baâli pour son soutien et son encouragement.

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 12:53

                                                        Nouvelle vie ...

 

             J'avais à peine dix ans quand ma vie changea complètement.

             Soleil, voilà comment je m'appelle, c'était mon père qui m'avait choisi ce prénom parce que je suis née pendant une période de grandes récoltes. Mais depuis, les temps avaient changé et cela faisait longtemps que nos champs ne donnaient plus assez de nourriture à cause de la sécheresse.

           Notre campagne était dans une région parisienne, j'étais la cadette d'une famille de trois enfants et nos récoltes étaient notre seul gagne-pain, alors nous devions travailler dur pendant toute l'année pour vendre ce que nous récoltions.

           Un jour, nous étions réunis autour de la table pendant un dîner quand mon père nous fit part d'un choix qu'il avait pris après mure réflexion et de longues discussions avec ma défunte mère l'an dernier, il décida qu'il était temps d'abandonner notre campagne pour la ville. Cette décision me déchira le cœur, ainsi qu'à mes frères Maxime et Alexandre mais nous fîmes mine d'être contents pour ne pas décevoir notre cher père et aussi parce que nous étions conscients de la gravité de la situation.

                  Le lendemain, un homme vint signer des papiers en compagnie de notre père. Quelques minutes après, la ferme familiale fut vendue. Nous prîmes la route en direction de la ville les larmes aux yeux.

               Arrivés à destination, nous nous installâmes dans une petite maison au fond d'une ruelle. Depuis ce jour-là, je travaillais chaque jour comme vendeuse de journaux avec Maxime. Tandis qu'Alexandre travaillait dans une usine avec mon père.

               Les mois passèrent et je m'habituais de plus en plus à cette ville qui ne dormait jamais, à toute l'énergie qui circulait, à ses habitants qui ne prenaient pas le temps de s'amuser... J'étais devenue comme eux.

                                         Par Sawsan El Mokaddam , 3°AC2

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 12:05

                                                   Paris. le 17 Mars 1999

                         Cher Vlad,

      Ta lettre m'a fait tellement plaisir et je suis heureuse pour la nouvelle vie que tu mènes, travailler dans la publicité n'est pas si mal, au moins, dans ce domaine, la gloire demeurera.

      C'est à moi de m'excuser pour mon« Télégramme », mais si tu pouvais savoir le genre de problèmes que j'ai eus, j'ai quitté mon précédent travail et j'ai déménagé à Paris où je travaille comme assistante sociale.

Vlad, tu dois comprendre que je ne dois pas abandonner le poste que j'ai durement gagné. Les enfants que j'aide à trouver une famille comptent sur moi, je vois dans leur yeux de l'espoir, un espoir qui risque de s'éteindre si je les quitte; mon devoir est de rester auprès d'eux.

      De ma part, j'ai abandonné notre rêve de U.S. Est à jamais, et cela dès que j'ai vu l'espoir dans les yeux de ces enfants. Je ne te demande pas de l'abandonner toi aussi, c'est ton rêve alors fonce et n'attends rien de personne.

      Pour terminer ma lettre, je n'ai rien oublié de toi et nos beaux souvenirs passés ensemble resteront à jamais gravés dans ma mémoire.
                          Notre amitié est éternelle ...

                                       Amicalement, Estelle.

                                              Par Sawsan El Mokaddam 3°AC2

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 21:00

 

Eugène Labiche          la  poudre  aux  yeux

Comédie en prose, en deux actes

Par Eugène Labiche et Edouard Martin

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le

Théâtre du Gymnase-Dramatique, le 19 octobre 1861

Personnages :

Ratinois : Malingear :Robert : Frédéric : Un tapissier : Un maître d’hôtel : Constance, femme de Ratinois :

Blanche, femme de Malingear :Emmeline, fille de Malingear : Alexandrine, femme de chambre de madame Malingear :

Joséphine, femme de chambre de madame Ratinois : Sophie, cuisinière de Malingear : Un chasseur en livrée

Acte I 

Un salon bourgeois chez Malingear : piano à gauche, bureau à droite, guéridon au milieu.

=Scène première

Madame Malingear, Malingear

Malingear, entrant par le fond. - C’est moi... Bonjour, ma femme !

Madame Malingear. - Tiens... tu étais sorti ?... D’où viens-tu ?...

Malingear. - Je viens de voir ma clientèle.

Madame Malingear. - Ta clientèle ! Je te conseille d’en parler... Tu ne soignes que les accidents de la rue, les gens qu’on écrase ou qui tombent par les fenêtres.

Malingear, s’asseyant. - Eh bien, ce matin, on est venu me chercher à six heures... chez moi... J’ai un malade.

Madame Malingear. - C’est un étranger, alors ?

Malingear. - Non... un Français.

Madame Malingear. - C’est la première fois, depuis deux ans, qu’on songe à te déranger.

Malingear, gaiement. - Je me lance.

Madame Malingear. - A cinquante-quatre ans, il est temps ! Veux-tu que je te dise : c’est le savoir-faire qui te manque, tu as une manière si ridicule d’entendre la médecine !

Malingear. - Comment ?...

Madame Malingear. - Quand, par hasard, le ciel t’envoie un client, tu commences par le rassurer...

Tu lui dis : "Ce n’est rien ! C’est l’affaire de quelques jours."

Malingear. - Pourquoi effrayer ?

Madame Malingear. - Avec ce système-là, tu as toujours l’air d’avoir guéri un bobo, une engelure !... Je connais plusieurs de tes confrères... de vrais médecins, ceux-là ! Quand ils approchent un malade, ce n’est pas pour deux jours ! Ils disent tout de suite : "Ce sera long, très long !" Et ils appellent un de leurs collègues en consultation.

Malingear. - A quoi bon ?...

Madame Malingear. - C’est une politesse que celui-ci s’empresse de rendre la semaine suivante... Voilà comment on se fait une clientèle !

Malingear, se levant. - Quant à moi, jamais !

Madame Malingear. - Quand on ne comprend pas... on dit : "C’est nerveux !..." Ah ! Si j’étais médecin !...

Malingear. - Quel charlatan tu ferais !...

Madame Malingear. - Heureusement que nous avons vingt-deux mille livres de rente, et que nous n’attendons pas après ta clientèle. Qu’est-ce que c’est que cette personne qui est venue ce matin ?...

Malingear. - Ah ! Que tu es curieuse !... C’est un cocher de la maison qui a reçu un coup de pied de cheval... Là !

Madame Malingear. - Un cocher ?... Mon compliment !... Demain, on viendra te chercher pour le cheval.

Malingear. - Plaisante tant que tu voudras ! Mais je suis enchanté d’avoir donné mes soins à ce brave garçon... En causant avec lui, j’ai appris des choses...

Madame Malingear. - Quoi donc ?

Malingear. - On jase sur notre maison.

Madame Malingear. - Sur nous ?... Que peut-on dire ?

Malingear. - Pas sur nous ; mais sur ce jeune homme qui vient tous les jours faire de la musique avec ta fille.

Madame Malingear. - M. Frédéric ? dont nous avons fait connaissance l’été dernier aux bains de mer de Pornic ?

Malingear. - On dit que c’est le prétendu d’Emmeline. Hier soir, chez le concierge, on a même fixé le jour du mariage.

Madame Malingear. - Ah ! mon Dieu !

Malingear. - Tu vois qu’il est quelquefois bon de soigner les cochers.

Madame Malingear. - Que faire ?...

Malingear. - Il faut trancher dans le vif... Certainement M. Frédéric est très gentil, très distingué...

Madame Malingear. - Ah ! Charmant !

Malingear. - Et c’est fort aimable à lui de venir tapoter notre piano sept fois par semaine ; mais il faut qu’il s’explique... Il est temps, grand temps !...

Madame Malingear. - Comment ?...

Malingear. - Emmeline est triste... elle ne mange plus.

Madame Malingear. - Si je faisais venir le médecin ?

Malingear. - Le médecin ?... Eh bien, et moi ?

Madame Malingear. - Ah ! Oui, c’est juste !... (A part.) C’est plus fort que moi... je n’ai aucune confiance en lui !...

Malingear. - Hier, pendant que M. Frédéric chantait un duo avec ta fille, j’ai surpris des regards... très lyriques !

Madame Malingear. - Je t’avoue que j’avais songé à lui pour Emmeline.

Malingear. - Parbleu ! moi aussi. Il me plaît beaucoup, ce garçon... et s’il est d’une bonne famille...

Madame Malingear. - Mais il ne se prononce pas...

Malingear. - Sois tranquille... voici son heure... tu vas le voir apparaître avec son petit cahier de musique. (Apercevant Frédéric.) Voilà !

=Scène II=

Les Mêmes, Frédéric ; puis Emmeline

Frédéric, il entre du fond avec un cahier de musique sous le bras ; saluant. - Madame... monsieur Malingear...

Malingear. - Monsieur Frédéric...

Frédéric. - Comment vous portez-vous, ce matin ?...

Madame Malingear. - Très bien.

Malingear. - Parfaitement.

Madame Malingear, bas à son mari. - Parle-lui.

Malingear, bas. - Oui ; laisse-moi saisir cette occasion.

Frédéric. - Je ne vois pas mademoiselle Emmeline... Serait-elle malade ?

Malingear. - Non, mais...

Frédéric, ouvrant son cahier de musique. - Je lui apporte une romance nouvelle... un titre charmant : le Premier Soupir.

Madame Malingear, toussant. - Hum !...

Malingear, à Frédéric. - Je vous disais donc que vos visites assidues, dans une maison où il y a une jeune fille, pouvaient paraître étranges à certaines personnes.... Et, ce matin encore, un de mes clients... un...

Madame Malingear. - Un banquier...

Frédéric. - Mais, monsieur... il me semble que ma conduite a toujours été...

Malingear. - Parfaite... je le reconnais... Mais, vous savez, le monde est prompt à interpréter...

Frédéric, se levant. - Laissez-moi vous remercier, avant tout, monsieur Malingear, d’avoir évoqué ce sujet. Je n’éprouve aucun embarras maintenant à vous avouer que j’aime mademoiselle Emmeline, et que le plus doux de mes rêves serait de l’obtenir en mariage.

Madame Malingear, à part. - Je m’en doutais.

Malingear, se levant, ainsi que sa femme. - A la bonne heure, ceci est clair !... Oserais-je vous demander maintenant quelques renseignements...

Frédéric. - Sur ma famille ? sur ma profession ?...Bien volontiers. Je suis avocat.

Malingear. - Exécutant ?

Frédéric. - Non ! mais je commence... J’ai peu de clients.

Malingear. - Je connais ça !... Je ne vous en veux pas !

Frédéric. - Du reste, ma position est indépendante... Mon père, ancien négociant, s’est retiré des affaires avec une fortune honorable... Je suis fils unique.

Madame Malingear, à part. - Ah !

Frédéric. - Enfin, je n’ai pas cru devoir cacher à mes parents les sentiments que j’éprouve pour mademoiselle Emmeline ; et j’espère qu’avant peu, mon père et ma mère feront près de vous une démarche qui imposera silence à toutes les interprétations.

Madame Malingear, bas à son mari. - Il s’exprime avec un charme...

Malingear, à sa femme. - Un avocat !... (A Frédéric.)

Monsieur Frédéric, madame Malingear et moi, nous apprécierons comme elle le mérite la démarche que vous nous annoncez.

Frédéric. - Ah ! monsieur...

Malingear. - Mais, d’ici là, nous vous demandons comme un service de vouloir bien suspendre vos visites...

Frédéric. - Comment ?...

Madame Malingear. - Pour le monde, monsieur Frédéric, pour le monde...

Malingear. - Vous reviendrez, dans quelques jours... officiellement... Tenez, emportez votre musique.

Il lui remet son cahier, qu’il a pris sur le piano.

Il sort par le fond.

=Scène III=

Madame Malingear, Emmeline ; puis Malingear ; puis Alexandrine

Madame Malingear. - C’est un bon jeune homme !

Emmeline, entrant. - Oh ! oui, c’est un bon jeune homme ! et je suis certaine d’être heureuse avec lui !

Madame Malingear, étonnée. - Hein ?... qu’est-ce que tu dis-là ?... Comment sais-tu ?...

Emmeline, confuse. - J’ai entendu un peu... sans le vouloir... en cherchant ton aiguille qui était tombée près de la porte.

Madame Malingear, l’imitant. - "En cherchant ton aiguille !..." C’est très mal d’écouter aux portes !

Emmeline. - Oh ! ne me gronde pas ; je te dirai un secret.

Madame Malingear. - Un secret ?

Emmeline. - Hier, pendant que tu es allée ouvrir la fenêtre, M. Frédéric m’a confié que sa mère devait venir ici, ce matin.

Madame Malingear. - Aujourd’hui ?...

Emmeline. - Sous le prétexte de causer de l’appartement du troisième, qui est à louer ; elle veut nous voir avant de faire la demande.

Madame Malingear. - Heureusement que le salon est fait.

Emmeline. - Et le père, M. Ratinois, doit venir de son côté pour consulter papa.

Madame Malingear. - Il est malade ?

Emmeline. - Mais non ! Encore un prétexte pour faire sa connaissance... Ne le répète pas... à personne... c’est un secret.

Madame Malingear. - Sois tranquille.

Malingear, entrant. - Charmant garçon ! plein de cœur !

Madame Malingear, bas à son mari. - Malingear !

Malingear. - Quoi ?

Madame Malingear, bas. - Ne le répète pas... c’est un secret... Madame Ratinois doit venir ce matin sous prétexte de causer de l’appartement à louer.

Malingear. - Tiens !

Madame Malingear. - Et son mari, pour te consulter...

Malingear. - Alors, c’est un examen.

Madame Malingear. - Ils désirent nous connaître avant d’aller plus loin... C’est bien naturel.

Alexandrine, entrant. - Madame, il y a là une dame qui demande à parler au propriétaire pour l’appartement du troisième.

Malingear, Madame Malingear, Emmeline. - C’est elle !

Madame Malingear. - Là !... Faites entrer ! (Alexandrine sort. Bas à son mari.) Surtout, ne me tutoie pas devant cette dame.

Malingear. - Pourquoi ?

Madame Malingear. - C’est commun... c’est bourgeois ! (A sa fille.) Toi, mets-toi au piano.

=Scène IV=

Les Mêmes, Madame Ratinois, Alexandrine

Madame Malingear, à Emmeline. - Assez, mon enfant, voici une visite.

Elle se lève.

Madame Ratinois. - Je vous demande mille pardons ; j’arrive bien mal à propos... Est-ce à M. le docteur Malingear que j’ai l’honneur de parler ?...

Malingear. - Oui, madame.

Madame Ratinois. - Je viens de visiter l’appartement du troisième.

Madame Malingear. - Veuillez donc prendre la peine de vous asseoir.

Madame Ratinois, s’asseyant, ainsi que madame Malingear. - Trop bonne, madame... Je crains d’être importune... J’ai interrompu Mademoiselle !

Emmeline. - Oh ! Madame...

Madame Ratinois, à madame Malingear. - C’est mademoiselle votre fille ?...

Madame Malingear. - Oui, madame.

Madame Ratinois, à part. - Frédéric a raison... elle est très bien ! (Haut.) Je vois que Mademoiselle est musicienne.

Madame Malingear. - Elève de Duprez.

Malingear, à part, étonné. - Hein !...

Madame Ratinois. - Ah !... Duprez est son professeur ?...

Madame Malingear. - Nous l’attendons.

Malingear, à sa femme. - Qu’est-ce que tu chantes là ?...

Madame Malingear, vivement. - Un morceau de Duprez ! (A madame Ratinois.) Mon mari demande à sa fille ce qu’elle chante... c’est un morceau de Duprez.

Elle fait des signes à Malingear, qui s’assied à droite.

Madame Ratinois, à part. - La maison est sur un grand pied ! C’est bien mieux que chez nous !

Madame Malingear. - Moi, d’abord, j’ai pour principe de m’adresser aux premiers maîtres... Ainsi, quand Emmeline a commencé la peinture...

Madame Ratinois, à Malingear. - Ah ! Mademoiselle peint aussi ?

Malingear, embarrassé. - Oui... il paraît... Demandez à ma femme.

Madame Malingear, montrant un tableau accroché au mur. - Comment trouvez-vous ce petit paysage ?

Madame Ratinois, se levant. - Une peinture à l’huile !

Madame Malingear, se levant. - Elle s’est amusée à barbouiller ça.

Malingear, à part. - Oh ! Par exemple, celle-là est trop forte !

Emmeline, à part. - Quelle idée a donc maman ?...

Madame Ratinois, examinant le tableau. - C’est d’une vérité... d’une fraîcheur !... On dirait que c’est d’un peintre.

Malingear, à part. - Je crois bien... c’est un Lambinet... Ca me coûte deux mille francs !

Madame Ratinois, à part. - Très belle, très belle éducation ! (Haut.) Et cet appartement... est-il libre ?...

Madame Malingear. - Il le sera pour le terme... M.

Malingear doit le faire décorer... (A son mari.) N’est-ce pas votre intention, mon ami ?

Malingear. - Tu sais bien... (Se reprenant.) Vous savez bien que j’ai rendez-vous aujourd’hui avec l’architecte.

Emmeline, étonnée, à part. - Vous !... Est-ce que papa et maman sont fâchés ?

Madame Ratinois. - Et quel serait le prix ?...

Malingear. - Quatre mille francs.

Alexandrine, entrant, très étonnée. - Monsieur, on vous demande ; c’est un client.

Malingear, Madame Malingear, Emmeline, à part. -Le père !

On se lève.

Madame Malingear. - Un client ! Qu’y a-t-il d’extraordinaire ?...

Alexandrine. - Dame !... c’est la première fois...

Madame Malingear, vivement. - Que ce monsieur vient ici ?... C’est bien ! Qu’il prenne ce numéro. On ne peut le faire passer avant les personnes qui attendent... (Ecrivant sur un papier, au bureau.)

Donnez-lui son tour... le numéro 16.

Alexandrine sort.

Malingear, à part. - A-t-elle de l’aplomb, ma femme !

Madame Ratinois, à part. - Numéro 16 ! Quelle clientèle !

Madame Malingear. - Mon mari n’a pas une minute à lui... Le matin, il a son service à l’hôpital ; il rentre à midi ; il déjeune, presque toujours debout... Les consultations commencent, en voilà pour jusqu’à trois heures.

Malingear. - Mais, ma chère amie... Après, viennent les visites aux quatre coins de Paris... Enfin, il rentre, le soir, brisé, harassé... Vous croyez qu’il se repose ?... Pas du tout ! Il travaille à son grand ouvrage, qui sera lu en séance publique à l’Académie de médecine. On l’attend !

Malingear, protestant. - Mais, ma femme !...

Madame Malingear, vivement. - Qu’on attende ! Vous n’êtes pas aux ordres de ces messieurs ! (Confidentiellement à madame Ratinois.) C’est un mémoire sur les affections thoraciques... Magnifique question !

Madame Ratinois ( se levant)  - Quelle existence ! (A Malingear.)

Madame Malingear. - Vous partez, madame ?

Madame Ratinois. - Oui ! Mais j’emporte l’espoir de revenir bientôt... Je serais bien heureuse, croyez-le, de nouer des relations plus suivies... plus intimes... avec une famille aussi distinguée... que respectable !

Madame Malingear, saluant. - Madame... (Appelant.) Baptiste ! Baptiste !...

Malingear, à part. - Baptiste !... Où prend-elle Baptiste ?

Madame Malingear, à son mari. - Est-ce que vous avez envoyé le valet de chambre en course ?...

Malingear, ahuri. - Le valet de chambre... moi ? non ! (A part.) Nous n’avons jamais eu de domestique mâle !

Madame Malingear. - Ces gens ne sont jamais là quand on a besoin d’eux ! (Appelant.) Alexandrine !

Alexandrine ! (A madame Ratinois.) Je vous demande mille pardons, madame... (Alexandrine paraît.) Reconduisez Madame...

Madame Ratinois, à part. - Quelle tenue de maison !... Mais voudront-ils de mon Frédéric ?... (Haut.)

Madame... monsieur... mademoiselle...

Sortie cérémonieuse.

=Scène V=

Malingear, Madame Malingear, Emmeline ; puis Alexandrine

Malingear. - Enfin, elle est partie !

Emmeline. - Maman, expliquez-moi...

Madame Malingear. - Maintenant, tu peux remettre ton tablier et aller disposer ton dessert... Va, mon enfant !

Emmeline. - Oui, maman. (A part, en sortant.) Mais je n’ai jamais fait de peinture à l’huile ni jouer un Duprez !

Elle sort.

Malingear. - Ah çà ! À nous deux !... Je n’ai pas de dessert à disposer, moi... et j’espère que tu vas m’expliquer...

Madame Malingear. - Quoi donc ?

Malingear. - Eh bien, mais... tes gasconnades !

Pourquoi aller dire à cette dame que Duprez est le professeur de ta fille... Nous ne le connaissons même pas !

Madame Malingear. - Il fallait peut-être la dénoncer comme élève de M. Glumeau... de l’illustre M.

Glumeau !

Malingear. - Il n’est pas nécessaire de nommer son professeur... C’est comme ce tableau que tu attribues à Emmeline !

Madame Malingear. - Eh bien ?

Malingear. - Mais c’est un Lambinet !

Madame Malingear. - Il n’est pas signé.

Malingear. - Ah ! voilà une raison !... Et quand, au bout de deux mois de mariage, on dira à ta fille, qui n’a jamais tenu un pinceau : "Faites-nous donc ce joli paysage qu’on voit là-bas... avec des vaches..." qu’est-ce qu’elle répondra ?

Madame Malingear. - C’est bien simple. Règle générale, dès que les jeunes filles se marient, elles négligent les beaux-arts... Emmeline dira que les couleurs lui font mal aux nerfs, et elle renoncera à la peinture, voilà tout !

Malingear. - Voilà tout !... Ah çà ! et moi : mon grand ouvrage sur les affections thoraciques ?

Madame Malingear. - On dira qu’il est sous presse... et la première imprimerie qui brûlera...

Malingear. - Et cette immense clientèle dont tu m’as gratifié ?

Madame Malingear. - J’ai eu tort... La première fois que cette dame nous fera visite, je rétablirai les choses dans leur vraie situation... "Madame, je vous présente M. le docteur Malingear, un fruit sec de la Faculté... Il ne soigne que des cochers gratis !... Mademoiselle Malingear... elle sait lire, écrire et compter. Madame Malingear... qui fait ses robes elle-même et raccommode, avec tendresse, les habits de son mari..."

Malingear. - Il est inutile d’entrer dans ces détails, et plus inutile encore d’entasser tous ces mensonges... Veux-tu que je te le dise, c’est de l’orgueil !c’est de la vanité !... Tu veux jeter de la poudre aux yeux !

Madame Malingear. - C’est vrai... j’en conviens.

Malingear. - Ah !

Madame Malingear. - Mais, en cela, je ne fais que suivre l’exemple de mes contemporains... Chacun passe sa vie à jeter des petites pincées de poudre dans l’œil de son voisin... Pourquoi fait-on de la toilette ? Pour les yeux des autres !

Malingear. - Allons donc !

Madame Malingear. - Mais, toi-même... sans t’en douter... tu obéis à l’entraînement général.

Malingear. - Moi ?

Madame Malingear. - Te souviens-tu de cette petite chaîne d’or fin qui attachait ta montre ?

Malingear. - Oui... Eh bien ?

Madame Malingear. - Elle était si petite... si petite...que tu en avais honte... Tu la cachais sous ton gilet.

Malingear. - Pour ne pas la perdre.

Madame Malingear. - Oh ! non... pour ne pas la montrer !... Nous l’avons remplacée par une autre...énorme... La voici : tu la caresses... tu l’étales, tu en es fier...

Malingear. - Quelle folie !

Madame Malingear. - Mais tu te gardes bien de dire qu’elle est en imitation !

Malingear, vivement. - Chut !... Tais-toi donc !

Madame Malingear. - C’est de la poudre aux yeux ! Je t’y prends comme les autres !... Eh bien, ta fille...c’est la petite chaîne d’or... bien simple, bien vraie, bien modeste... Aussi personne n’y fait attention...il y a si peu de bijoutiers dans le monde !... Laisse-moi l’orner d’un peu de clinquant, et aussitôt chacun l’admirera... (montrant la chaîne) comme ton câble Ruolz.

Malingear, à part. - Il y a un fond de vérité dans ce qu’elle dit.

Alexandrine, entrant. - Monsieur !

Malingear. - Quoi ?

Alexandrine. - C’est ce monsieur... le numéro 16, qui s’impatiente...

Malingear. - Ah ! C’est vrai... nous l’avons oublié, ce pauvre homme ! Faites-le entrer !...

Madame Malingear, vivement. - Non, pas encore...il a le 16... (A Alexandrine.) Dites-lui que Monsieur tient le 14...

Malingear. - Ah ! tu crois que je tiens le 14 !... (A Alexandrine.) Allons, dites-lui que je tiens le 14 !...

Alexandrine sort.

Madame Malingear. - Donne-moi ta bourse...

Malingear. - Ma bourse... Pourquoi ?

Il la lui donne.

Madame Malingear, disposant des pièces d’or. -Dix louis dans ce plat... trois sur le bureau... et deux sur le piano !

Malingear, étonné. - Qu’est-ce que tu fais là ?

Madame Malingear. - N’est-ce pas ainsi chez tous les médecins en réputation ?...

Malingear. - C’est vrai, c’est leur poudre !...

Madame Malingear. - Maintenant, mets-toi à ton bureau... De l’importance, de la brusquerie... peu de paroles, tu es pressé !... Je te laisse... appelle le numéro

16... (Revenant.) Ah ! N’oublie pas qu’il se porte bien...ne va pas te tromper !

Malingear, assis à son bureau. - Sois donc tranquille !

Madame Malingear sort par la droite.

 

=Scène VI=

Malingear, seul. - Elle est très forte, ma femme ! (Criant.) Faites entrer le numéro 16 !

Alexandrine, ouvrant la porte de gauche et appelant. - Le numéro 16 !

Ratinois, entrant et à part. - En voilà une séance ! Trois quarts d’heure d’antichambre !...

Malingear, sans le regarder et écrivant. - Asseyez-vous !

Ratinois. - Monsieur, je vous remercie !... (Il s’assied. A part.) Il écrit une ordonnance ! C’est joliment meublé, ici !...

Malingear, écrivant toujours et sans le regarder. -Asseyez-vous !

Ratinois. - Je vous remercie, c’est fait ! (A part.) Ah çà ! Je me porte comme le Pont-Neuf... Qu’est-ce que je vais luis conter ?

Malingear, quittant la plume et se retournant vers Ratinois. - Voyons, qu’est-ce que vous avez ?

Ratinois. - Monsieur, depuis huit jours environ.(On frappe plusieurs coups avec la main à la porte de gauche).

Malingear, criant. - C’est bien, attendez ! (A part.)

C’est ma femme qui frappe pour faire croire qu’il y a du monde !...

Ratinois, à part. - Le 17 qui s’impatiente !

Malingear. - Je vous écoute.

Ratinois. - Monsieur, depuis huit jours... quand je dis huit jour, il y en a neuf...je suis allé à Saint-Germain par le chemin de fer et revenu de même. En rentrant chez moi, ma femme me dit : "Comme tu es rouge !... Est-ce que tu es malade ?..." Je lui réponds : "Je ne suis pas positivement malade... mais je me sens comme ci, comme ça..." Et j’ai pris un bain de pieds...Voilà comment ça m’est venu !

Malingear, à part. - Il a l’air d’un brave homme !

(Haut, se levant.) Et qu’éprouvez-vous ?

Ratinois ; embarrassé. - Mon Dieu, bien des petites choses... tantôt d’un côté... tantôt de l’autre.

Malingear. - Pas de douleurs de tête ?

Ratinois. - Non.

Malingear. - L’estomac ?...

Ratinois. - Excellent.

Malingear. - Le ventre ?...

Ratinois. - Très bien.

Malingear. - Voyons le pouls ?

Il lui prend la main

Ratinois, à part. - Oh ! A-t-il une belle chaîne ! Je n’en ai jamais vu de si grosse !...

Malingear, à part, avec satisfaction. - Il regarde ma chaîne !...

Ratinois, à part. - On voit tout de suite que ce n’est pas un petit roquet de médecin courant après la pratique !

Malingear, appliquant son oreille contre le dos de Ratinois. - Respirez... fort ! très fort !...

Ratinois, à part, se levant. - Je suis curieux de savoir quelle maladie il va me trouver !

Malingear. - Cela suffit ; je vois très clairement votre affaire.

Ratinois. - Ah ! (A part.) Il va me couvrir de sangsues !...

Malingear. - Mon cher monsieur, vous n’avez absolument rien !

Ratinois. - Hein ?... (A part.) Il est très fort !... Ah ! mais très fort !...

Malingear, se mettant à son bureau et écrivant. – Je vais vous prescrire un petit régime !

Ratinois, à part, tirant sa bourse. - Je voulais lui donner dix francs ; c’est bien maigre, Quel beau parti pour Frédéric !... Bah !... je vais allonger mes vingt francs !... (Il les met discrète-ment dans le plat qui est sur le guéridon.) Je crois qu’il ne m’a pas vu ! (Il reprend ses vingt francs, et les fait sonner contre le plat. Malingear s’incline. A part.) Il m’a vu !...

Il remonte.

=Scène VII=

 (A part en sortant.) Quel beau parti pour Fré-déric ! C’est trop beau... ils ne voudront jamais s’allier à de petits bourgeois comme nous !... (Haut.) Docteur... j’ai bien l’honneur... (Il ouvre la porte du fond et sort)

La porte se referme.

Les Ratinois paraissent au fond.

M. et Madame Ratinois

Madame Ratinois, bas à son mari. - Parle ! courage !...

Ratinois, bas. - C’est inutile... ils ne voudront pas.

Madame Malingear. - Nous vous écoutons.

Ratinois, très ému. - Monsieur et madame... je suis père... j’ai un fils unique... Frédéric...

Malingear. - Nous le connaissons.

Madame Malingear. - Un charmant jeune homme ! qui veut bien quelquefois honorer nos salons de sa visite...

Ratinois, bas à sa femme. - Nos salons !... Tu vois, ils ont plusieurs salons... ils ne voudront jamais !

Madame Ratinois, à son mari. - Mais va donc !...

Ratinois. - Ce jeune homme, qui est avocat, n’a pu voir votre demoiselle... votre honorable demoiselle... sans songer à une alliance... qui l’honorerait...en nous honorant... s’il pouvait entrer dans votre honorable famille... que tout le monde honore.

Madame Malingear, jouant l’étonnement. - Comment !...

Malingear, de même. - Est-il possible !...

Ratinois, bas à sa femme. - Là !... tu vois !... Allons-nous-en !

Malingear. - Monsieur, je vous avoue qu’une pareille demande... faite à l’improviste... nous surprend un peu !

Ratinois, de même. - Allons-nous-en !

Malingear. - Un mariage est une chose délicate... et nous vous demandons la permission de nous consulter... de réfléchir.

Madame Ratinois. - Comment donc !... c’est tout naturel !

Madame Malingear. - Dans quelques jours nous vous ferons connaître notre réponse !

On se lève.

Ratinois, à part. - Ils ne refusent pas ! (Haut.) Ah ! madame !... ah ! docteur !... ah ! ma femme !...

Madame Malingear, bas à son mari. - Eh bien, la poudre aux yeux ?...

Malingear, de même. - C’est admirable ! Je suis converti ! (Très haut à sa femme.) Chère bonne, priez la femme de chambre de dire au domestique de dire

au cocher d’atteler Brillante et Mirza... Je dîne chez la duchesse !

M. et Madame Ratinois, avec admiration. - Chez la duchesse !

Malingear, à part. - V’lan dans les yeux !...

Acte II

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 23:07

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Acte II

Un salon chez Ratinois : cheminée et table à gauche, fenêtre et guéridon à droite.

=Scène première=

Frédéric, Ratinois, Madame Ratinois

Ratinois, debout. - Voulez-vous que je vous donne mon opinion ? C’est un mariage flambé !

Frédéric, assis à la table, écrivant. - Allons donc ! Qu’est-ce que vous dites là ?

Ratinois, à Frédéric. - Ne te trouble pas... continue à faire mes quittances... C’est un travail qui demande du sang-froid.

Madame Ratinois, assise à droite et tricotant. - J’ai bien peur que ton père n’ait raison !

Ratinois. - Voilà aujourd’hui quinze jours que nous avons fait la démarche... et nous n’avons pas de réponse.

Frédéric. - Qu’est-ce que cela prouve ?

Ratinois. - Ca prouve que ces gens-là sont trop élevés pour nous, il y a là-dedans un train de maison...

Frédéric. - Mais on n’a pas refusé, maman... Vous interprétez le silence...

Ratinois. - Le silence des grands est la leçon des petits !

Frédéric. - Quand je suis allé rendre ma visite le lendemain de la demande, M. Malingear a été très aimable

=Scène II=

Ratinois ; puis Robert

Ratinois, seul. - Oui, des robes, pour les Italiens ! avec des corsages... rigoletto... C’est encore très salé

ça ! Nous ferons nos petits comptes à la fin du mois !

Robert, entrant par le fond. Il porte des boucles d’oreilles. - Bonjour, Ratinois !

Ratinois. - Tiens, c’est l’oncle Robert !

Ils se donnent la main.

Robert. - Tout le monde va bien ?

Ratinois. - Oui, Frédéric vient de sortir.

Robert. - Et ma nièce ?

Ratinois. - Elle est là. Je vais la prévenir.

Robert. - Non, ne la dérange pas... Je passais dans le quartier ; je n’ai qu’un instant... il faut que je sois à

Bercy à trois heures... j’attends un bateau de charbon.

Robert.  Et Frédéric... vous ne voulez donc pas le marier, ce garçon-là ?

Ratinois. - Il y a peut-être quelque chose en train.

Robert. - Ah ! quelque chose de bien ?

Ratinois. - Oh ! un parti inespéré.

Malheureusement, ça ne marche pas... ça traîne.

Robert. - Il faut chauffer ça ! Veux-tu que j’aille voir la famille ?

Ratinois, effrayé. - Non, merci ! (A part.) S’il se rencontrait avec la duchesse !...

Robert. - Tu sais ce que je t’ai dit : "Je n’ai pas d’enfants, je suis riche ; le jour du mariage, je ferai un ca-deau, un beau cadeau !"

Ratinois. - Ce brave oncle Robert !

Robert. - Adieu ! à tantôt !... Surtout ne parle pas de ma surprise... l’oranger...

Ratinois. - Ne craignez rien !

Robert sort.

=Scène III=

Madame Ratinois, Madame Malingear

Madame Ratinois. - Ah ! que Frédéric va être heureux !

Madame Malingear. - Entre nous, je crois qu’il ne déplaît pas à ma fille.

Madame Ratinois. - Chère enfant ! Je vous promets de l’aimer comme une mère !

Madame Malingear. - Voulez-vous que nous Causions un peu de leur petite installation ?...

Madame Ratinois. - Oh ! bien volontiers.

Madame Malingear. - Dès demain, nous leur chercherons un appartement.

Madame Ratinois. - Un entresol ?

Madame Malingear. - Oh ! C’est bien bas, un entresol... Un second.

Madame Ratinois. - C’est bien haut, un second.

Madame Malingear. - Alors un premier ?... C’est une affaire de cinq à six mille francs.

Elles s’asseyent.

Madame Ratinois. - Mettons six mille francs.

Madame Malingear, prenant une carte dans un petit portefeuille. - Attendez, je vais écrire sur cette carte... (Ecrivant.) Loyer, six mille francs.

Madame Ratinois. - Toilette... c’est important !

Madame Malingear. - Il est bien difficile, à une femme qui voit un certain monde, de s’en tirer à moins de quatre à cinq mille francs... C’est ce que je dépense.

Madame Ratinois. - Moi aussi. Mettons six mille francs.

Madame Malingear, écrivant. - Toilette, six mille francs. (A part.) A la bonne heure, elle ne lésine pas !

Madame Ratinois, à part. - Moi qui n’ai dépensé que neuf cents francs l’année dernière, et Ratinois m’a grondée.

Madame Malingear. - Voiture... Pensez-vous qu’ils puissent se donner une voiture ?...

Madame Ratinois. - Dame ! (A part.) Ça dépendra de la dot.

Madame Malingear. - Il est tout à fait désagréable, pour une jeune femme, de piétiner dans la boue...surtout avec les robes qu’on fait aujourd’hui.

Madame Ratinois. - Oh ! c’est impossible !... Il y a bien les voitures de place.

Madame Malingear. - Les fiacres ? Oh ! ne me parlez pas de ces vilaines boîtes !

Madame Ratinois, vivement. Je n’en parle pas.

Madame Malingear. - C’est noir... c’est étroit !...

Madame Ratinois. - Et Sale ! On ne m’y ferait monter pour rien au monde. (A part.) Je vais toujours à pied.

Madame Malingear. - Je pense qu’un petit coupé...

Madame Ratinois. - Avec deux petits-chevaux...

Madame Malingear. - Et un petit cocher...

Madame Ratinois. - Mettons six mille francs.

Madame Malingear, écrivant. - Coupé, six mille...(A part.) Ces raffineurs, ça marche sur l’or ! (Haut.) Frais de maison, table...

Madame Ratinois. - Mettons six mille francs.

Madame Malingear. - C’est assez... (Additionnant.)

Six, douze, dix-huit, vingt-quatre. Total, vingt-quatre mille francs... Cela me paraît bien.

Elle laisse la carte sur la table.

Madame Ratinois. - Ce n’est pas trop. (A part.) Ils doivent donner une dot formidable.

Elles se lèvent.

=Scène IV=

Ratinois, Malingear

Ratinois, à part. - Nous voilà seuls... Ce n’est pas commode à attaquer, cette affaire-là !...

Malingear, à part. - Comment diable aborder la chose ?...

Ils s’asseyent près de la table à gauche.

Malingear, à part. - Il y vient de lui-même ! (Haut.) En effet, très superficiellement... Pour la dot, vous avez parlé de cent mille francs.

Ratinois. - Oh ! c’est un chiffre que j’ai jeté...comme ça en l’air... mais ça ne vous lie pas.

Malingear. - Je disais aussi... un gros raffineur...

Ratinois. - Et vous, un médecin illustre... qui reçoit quatre mille francs d’un coup !...

Malingear. - Oh ! moi ?...

Ratinois. - Je les ai comptés... Tenez, je suis disposé à faire un sacrifice...

Malingear. - Vous hésitez... pour une misérable question d’argent ?

Ratinois. - Je n’hésite pas ! Cent mille francs de plus ou de moins... qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? J’offre trois cent mille francs ! Voilà comme j’hésite !

Malingear, étonné. - Hein !... trois cents ?...

Ratinois, à part. - Je vais le pousser jusqu’à ce qu’il recule... et, alors, je romps !... (Haut.) Vous reculez ?...

Malingear. - Du tout, je réfléchis... (A part.) Trois cent mille francs, c’est impossible !... Il n’y a qu’un moyen ; c’est d’élever la dot jusqu’à ce qu’il dise non... Alors, tout sera rompu... (Haut.) je propose quatre cent mille.

Ratinois. - Ce n’est pas assez... Cinq cent mille !...

Malingear. - Ce n’est pas assez... Six cent mille !...

Ratinois. - Ce n’est pas assez...

=Scène V=

Les Mêmes, Robert

Robert, paraissant avec un oranger. - Quoi ! six cent mille francs ?...

Ratinois, à part. - L’oncle Robert ! J’allais lâcher le million ! Je l’aurais lâché... (Haut.) M. Malingear, le fu-tur beau-père.

Malingear. - Nous causions de la dot.

Robert, posant son oranger. - Comment !... Et vous donnez six cent mille francs ?... (Le saluant.) Ah ! monsieur, permettez-moi de vous féliciter.

Malingear. - Mais M. Ratinois en donne autant !...

Robert - Comment, toi ?

Ratinois, embarrassé. - Naturellement.

Robert, à Ratinois. - Mon compliment ! Je ne te savais pas aussi riche que cela !

Ratinois. - Aussi riche ! aussi riche ! Certainement, je suis à mon aise... mais, quand on se trouve en face de gens... millionnaires... qui ont des exigences...

Tenez, voulez-vous que je vous dise ma façon de penser ?

Malingear. - Vous me ferez plaisir.

Ratinois. - Eh bien, vous cherchez un biais pour rompre ce mariage.

Malingear. - Comment, un biais ?...

Ratinois. - Un biais ! je maintiens le mot. Mais moi, qui suis un honnête homme...

Malingear. - Pas plus que moi !

Ratinois. - C’est possible ! Mais comme je ne veux pas de biais, moi, je vous dis tout net...

Tous deux, ensemble. - Rompons !

Robert. - Voyons, messieurs, pas d’emportement !

Ratinois. - Je ne m’emporte pas ! (A part, avec satisfaction.) Ca y est ! c’est rompu !

Malingear, à part, avec satisfaction. - C’est une affaire terminée !

Robert. - Diable ! vous allez vite en affaires ! Une rupture ! (A Ratinois.) Heureusement que ton fils n’aimait pas mademoiselle Malingear, n’est-ce pas ?

Ratinois. - Il ne l’aimait pas ?... il ne l’aimait pas !...c’est-à-dire si... il en était fou ! Mais qu’est-ce que cela fait ?

Robert, à Malingear. - Et mademoiselle Emmeline n’était que médiocrement éprise de Frédéric ?

Malingear. - Médiocrement... c’est-à-dire... elle paraissait avoir un certain penchant pour lui... Je ne le cache pas... mais...

Robert. - Mais qu’est-ce que cela fait, n’est-ce pas ?

Malingear. - Je n’ai pas dit cela, permettez...

Robert, éclatant. - Non, je ne permets pas !... Vous êtes des vaniteux, des orgueuilleux !...

Malingear. - Monsieur !...

Ratinois. - Mon oncle !

Robert. - Ah ! voilà un quart d’heure que je me retiens... il faut que ça parte !... Vous cherchez, depuis quinze jours, à vous éblouir, à vous mentir, à vous

tromper...

Tous deux. - Comment ?...

Robert. - Oui, à vous tromper, en vous promettant des dots que vous ne pouvez pas donner. Est-ce vrai ?... En vous pavanant dans une existence, dans un luxe qui n’est pas le vôtre !

Ratinois. - Mais...

Robert. - Il n’y a pas de mais !... J’ai fait causer tes domestiques ! Quand je veux savoir, je cause avec les domestiques... c’est mon système !

Ratinois et Malingear au même temps. - Ce sont ces dames...

Robert. - Pour faire de l’embarras, du genre, du flafla ! Aujourd’hui, c’est la mode ; on se jette de la poudre aux yeux, on fait la roue... on se gonfle...comme des ballons... Et quand on est tout bouffi de vanité... plutôt que d’en convenir... plutôt que de se dire : "Nous sommes deux braves gens bien simples...deux bourgeois..." on préfère sacrifier l’avenir, le bonheur de ses enfants... Ils s’aiment... mais on répond :

"Qu’est-ce que cela fait ?..." Et voilà des pères !... Bonsoir !...

Il veut sortir.

Ratinois, le retenant vivement. - Mon oncle Robert, restez !... (Emu.) Mon oncle Robert... vous avez des boucles d’oreilles... vous n’avez pas d’esprit, vous n’avez pas d’instruction... (Se frappant le cœur.) Mais vous avez de ça !

Malingear. - Oh ! oui.

Ratinois, très ému. - Vous m’avez remué... vous m’avez bouleversé !... Vous m’avez prouvé que je n’étais qu’un père à jeter par la fenêtre. (montrant Malingear) et Monsieur aussi... Mais ce n’est pas ma faute... c’est la faute de ma femme ; elle me le payera !... (S’attendrissant.) Et je vous jure que si jamais... au grand jamais... vous me voyez broncher dans le chemin qui... que... qui... (Tout à coup.) Enfin, voulez-vous dîner avec nous ?...

=Scène VI=

Les Mêmes, Madame Malingear, Madame Rati-nois, Emmeline, Frédéric ; puis Le Maître d’Hôtel

 

Robert - C’est que j’ai commandé un dîner ordinaire..A table ! La main aux dames !...

On offre le bras aux dames, et l’on passe dans la salle à manger.

                                                                                                                        RIDEAU

 

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