Les végétaux parlent...

Publié le par Ait Baali Hassane

 

 

L'oignon:

L'oignon dit : « C'est toujours moi que l'on critique ; on me dénigre, on me prête des maux dont je ne suis pas responsable, des odeurs nauséabondes que l'on ne songerait pas à imputer à d'autres légumes. On me cite dans des formules familières : "Occupe-toi de tes oignons", "ce ne sont pas tes oignons", qui indiquent l'exclusion, la mise à l'écart.

«Et pourtant, j'ai une couleur si tendre que l'on se sert de mon nom pour évoquer un rose un peu violet agréable à l'œil.

« En plus je ne suis pas compliqué : on me plante, je me développe dans la terre, parfois même à l'état sauvage, et je pousse, tranquille, sans déranger personne, avec des tiges que l'on confond parfois avec celles de l'ail ou du poireau. On me récolte au début de l'automne et certains m'accordent même le pouvoir de prédire les froids de l'hiver à venir par le nombre de mes pelures. Je me conserve longtemps dans un lieu sec et aéré.

« On dit de moi que je fais pleurer ceux qui m'épluchent. Je réponds, moi, que c'est un prétexte pour dissimuler des chagrins plus sérieux. En effet, un simple filet d'eau sur les doigts suffit à régler cet inconvénient minime.

« Je suis universellement connu. Les Romains déjà me savouraient en gelée ou confit. Je m'accommode de toutes les traditions culinaires. J'embaume le bœuf Strogonoff russe, les empanadas mexicaines, les tortillas espagnoles, les lasagnes italiennes. En France, je fais les délices des fêtards qui achèvent une nuit agitée par une soupe qu'ils fabriquent grâce à moi.

« Et pourtant, je suis rarement à l'honneur et ne sers souvent que d'accompagnement, de décoration quand je suis petit, blanc, au vinaigre. Je suis l'ajout, celui que l'on mêle à d'autres et que l'on distingue à peine dans les ragoûts. On me cantonne souvent dans des rôles de faire-valoir, sans existence propre.

« Je voudrais bien que l'on me dise pourquoi on me traite avec autant de désinvolture et de mépris alors que je me contente de la place que l'on m'a assignée, sans rien dire, avec une grande constance. Qui suis-je alors ? L'ingrédient indispensable ou bien l'ennemi des estomacs délicats, des glandes lacrymales ? On m'utilise et en même temps on me craint. Quelle est donc ma place véritable sur les tables? Et si je disparaissais, qui me pleurerait.   sans mon aide, cette fois ? »

 

Publié dans Lecture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article