L’HÉRITAGE MAUDIT (1ere partie)
Trois frères
Trois frères
L’HÉRITAGE MAUDIT
Depuis le décès de leur père, trois frères se retrouvaient chaque année, pendant les vacances d'été et du Nouvel-An chez leur mère, vieille femme paralysée dans son fauteuil roulant. Elle vivait avec son plus jeune fils Hicham, banquier de carrière, marié et père de deux garçons et d'une fille. Il menait une vie heureuse et sa femme prenait bien soin de sa mère et de ses enfants : une lycéenne et eux collégiens.
Jalal, le cadet, était allé en France en vue de poursuivre ses études après l'obtention de son baccalauréat mais, au cours de sa deuxième année, il fit la connaissance de Catherine, une jeune secrétaire travaillant au rectorat. Elle se fut éprise de lui au point d'accepter un mariage blanc et ils se mirent en couple. Peu de temps après, Jalal décrocha un emploi comme camionneur et obtint la nationalité française. Il transportait des marchandises vers les pays frontaliers de l'hexagone : Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne., ce qui lui permet de faire du micro-import-export illicite : tabac, portables, puces électroniques… Ainsi, s'enrichissait-il un peu plus à chaque voyage à l'insu de sa femme.
Mais, bientôt, Catherine, qui allait sur sa quarantaine et encouragée sans doute par sa famille, manifeste le désir d'avoir un enfant, ce qui déclenche des disputes continues : pour lui, en tant que musulman, il n'était pas question de concevoir un enfant avant que sa femme ne se soit convertie à l'islam ; et pour elle, rien ni personne ne pouvait la forcer renier sa religion bien qu'elle ne fût pas très pratiquante.
Cette union, stérile voua à l'échec et Jalal rentra au Maroc où il se maria avec une fille du même quartier où résidaient sa mère et son frère. Mais son second mariage, dicté cette fois par les injonctions maternelles et le désir d'une lignée mâle, fut un calvaire conjugal. La naissance successive de quatre filles cristallisa un mépris aigre et constant envers son épouse, tenue responsable de cette "défaillance" génétique, émaillant leur quotidien de disputes acerbes et d'invectives nonobstant les supplices endurés. Sa résolution de forcer le destin, en concevant un fils par fécondation in vitro – une transgression éthique et religieuse tenue secrète – attestait de l'urgence pathologique de garantir un héritier unique à sa fortune renaissante. Il ne souffrirait pas que la fortune s'accumule au prix de l'éloignement de son pays et de sa mère sans parler de l'austérité adoptée volontairement pour conserver cette fortune soit héritée en grande partie par ses frères, ses sœurs et ses oncles ; par la conception in vitro d'un mâle, il verrouillerait l'accès à son héritage en cas de décès. Il parlait fièrement de ce garçon et de ses succès scolaires comme s'il était son vrai père biologique mais sans jamais avouer que les gamètes mâles n'étaient pas de lui.
Quant à Hamza , l'aîné, il était militaire de carrière mais réformé à cause d'une grave blessure au Sahara en 1987. Avant de s'engager dans l'armée, il avait confié sa carte bancaire à sa femme qui pouvait disposer non seulement de sa solde mais aussi de ses indemnités. Elle s'occupait de leurs enfants avec dévouement et mettait de côté une partie de l'argent du ménage dans le mais d'acheter une maison. Cependant, dès que l'acquisition fut faite, elle dévoila son jeu : elle le trahit et s'empara de tous les biens, le spoliant ainsi de toute propriété matérielle et, plus cruel encore, de l'affection de ses deux filles. Son seul et unique investissement, l'éducation de ces dernières : l'une propulsée dans la médecine, l'autre dans l'ingénierie, mais, sans doute manipulées par leur mère, toutes les deux s'étaient retournées contre lui dans une ingratitude quasi mythique, culminant par son ostracisation lors de leurs noces. Réduit à une quasi-indigence affective et matérielle, Hamza ne possédait rien, ce qui, paradoxalement, aiguisait son sens de la justice successorale jusqu'à la frénésie.
Enfin, Saïd , leur cousin resté en Italie, avait résolu de déshériter ses neveux au profit exclusif de ses filles, ajoutant une couche de complexité à ce schisme idéologique. Hamza s'indignait de cet individualisme occidental qui bafouait l'esprit communautaire de l'héritage, le constituant comme un détournement sacrilège des fruits du travail. Mais cette indignation était moins pour le respect de la loi que pour le principe même de l'exclusion.
💥La Révélation et la Querelle
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